Histoire des Banques Populaires

La naissance des banques coopératives en Europe

Les créateurs des Banques Populaires en Europe ont tous en commun de résister au capitalisme sauvage du XIXe siècle et à la menace de la pensée communiste. Frédéric-Guillaume Raiffensen pour les caisses rurales et Hermann Schulze-Delitzsch pour les Volksbank en Allemagne, ou encore Luigi Luzzatti pour les Banche Populari en Italie, donnent naissance à ce nouveau modèle de banque et inspirent les initiateurs en France.

Plus qu’une mission économique ou sociale, l’engagement dans le mouvement des banques coopératives au XIXe siècle est politique. C’est pourquoi à l’initiative du père Ludovic de Besse et Charles Rayneri, une association de défense et de promotion des « banques à statut spécial » est fondée dès 1880 avec la participation très active d’Eugène Rostand. Le Congrès de 1889 réunit 11 banques issues des différents mouvements et donne naissance au Centre Fédératif du Crédit Populaire. Cette association regroupe les Banques Populaires, les Caisses d’Épargne, les caisses du Crédit Mutuel et celles du Crédit Agricole. Les participants se donnent 2 objectifs : la défense des banques issues des différents courants de pensée et la promotion de nouvelles créations.

La solidarité du mouvement ne résiste pas à la promulgation des lois. Les caisses fondées sous le modèle Raiffensen doivent alors choisir entre la réforme de l’État qui leur impose de travailler uniquement avec les agriculteurs en contrepartie d’aides financières (Crédit Agricole) et celles qui veulent travailler avec tout type de clientèle (Crédit Mutuel). Quant aux Banques Populaires, il faudra attendre la ruine de l’économie française provoquée par la 1e Guerre Mondiale pour que la loi fondatrice de 1917 soit promulguée.

Le développement des Banques Populaires en France

Même après la création des Banques Populaires par Ludovic de Besse et surtout celle de Charles Rayneri à Menton, le succès est relatif. On ne dénombre que 11 Banques Populaires en 1911 alors qu’il en existe 689 en Allemagne ! En 1914, les Caisses d’Épargne, le Crédit Agricole, le Crédit Maritime sont organisés. Seules les Banques Populaires n’ont pas de statut officiel, même si leur utilité n’est pas remise en question.

C’est le ministre du commerce Etienne Clémentel qui remet au goût du jour le projet de loi déposé par Joseph Caillaux en 1911. Les débats sont houleux et au final, la loi votée le 13 mars 1917 est fondatrice mais amputée ; il s’agit d’une loi bancale et insuffisante. C’est la volonté des créateurs et promoteurs des Banques Populaires qui va suppléer à ces manques.

La loi de 1917 doit permettre la reprise de l’activité des artisans et commerçants en leur donnant accès à un crédit adapté à leurs besoins. Mais cette population n’a pas les moyens de regrouper les capitaux nécessaires à la création des banques. De ce fait, le décret d’application de la loi fait une entorse aux principes de la coopération en leur permettant de ne pas appliquer le principe « 1 homme = 1 voix » afin d’attirer les capitaux des notables et petits patrons. C’est pourquoi, encore aujourd’hui, elle applique un mode de représentation à la proportionnelle, sécurisé par des plafonds bas de détention, qui assure la participation du plus grand nombre.

Il faut attendre la loi de 1919 sur les crédits attribués aux démobilisés et dont la distribution sera garantie exclusivement par les Banques Populaires pour voir le mouvement de création prendre son véritable envol. En 1924, on compte ainsi dans l’Hexagone 100 Banques Populaires.

Si les Banques Populaires ne peuvent travailler qu’avec les artisans et commerçants pour des avances sur caisse et de l’escompte, elles sont en revanche autorisées à recevoir en dépôts des fonds de tout type de clientèles qui peuvent aussi devenir sociétaires. Elles regroupent, dès leur origine, outre des artisans et commerçants, des professions libérales, des fonctionnaires et les patrons de PME. Autant de clientèles qui vont être des leviers de développement et de pression sur les pouvoirs publics afin de permettre aux Banques Populaires de s’ouvrir à tous les clients : les PME dès 1936, les professions libérales dès les années 1950 et les fonctionnaires à partir de 1962.

Découvrez le contexte de la loi du 13 mars 1917 en vidéo.

 
 

La création de la Caisse Centrale des Banques Populaires

Les nouvelles Banques Populaires créées en 1919 se rassemblent pour fonder l’Union Syndicale des Banques Populaires. D’existence éphémère, elle a comme principal objectif de constituer une banque centrale pour le réseau. En moins de 2 ans, les Banques Populaires réunies en Congrès les 20 et 21 juin à Paris fondent la Caisse Centrale des Banques Populaires.

Elles se dotent d’un organe de centralisation dont les banques participantes peuvent utiliser les services : comptes ouverts sur ses livres, compensation, avances de trésorerie, souscription aux emprunts d’État… Cependant, son activité se heurte parfois à l’indépendance des banques et son autorité n’est pas toujours respectée. Pour autant, le ministère de tutelle lui confie un rôle de surveillance et de contrôle de la distribution des prêts accordés dans le cadre des prêts aux artisans démobilisés et, dès 1923, du crédit à l’artisanat subventionné par l’État et imposant aux artisans de constituer des sociétés de caution mutuelle (SOCAMA) afin d’en bénéficier.

La création de la Caisse Centrale est la première expression de la volonté forte des Banques Populaires de construire un groupe bancaire sans l’intervention de l’État. Elle sera complétée en 1929 par la Chambre Syndicale des Banques Populaires qui deviendra l’organe de représentation. La Caisse Centrale sera le point d’appui et le fer de lance du développement du réseau jusqu’à sa fusion avec Natexis en 1999. En 2009, les Banques Populaires, lors de la création du Groupe BPCE, prennent de nouveau l’initiative en créant cette fois une structure de représentation de leurs intérêts et de ceux de leurs sociétaires : la Fédération Nationale des Banques Populaires.

L’évolution des Banques Populaires à partir des années 1930

Les années 1930 constituent une période marquée par 2 évènements qui vont doter les Banques Populaires de nouvelles activités, renforcer leurs bases et les inscrire définitivement comme des acteurs du développement de leur région.

La crise économique de 1929 accentue les difficultés déjà rencontrées par ces banques encore jeunes. La Chambre Syndicale nouvellement constituée a pour rôle essentiel de réorganiser ces banques, bien souvent trop petites pour assurer leur développement. Cette réorganisation fait passer leur nombre de 100 en 1924 à 62 en 1939. Cette étape permet aux banques, au cours de leur évolution, d’initier des fusions, sans vraiment de logique territoriale mais qui répondent à leurs besoins de développement.

Le 2e événement est l’arrivée du Front Populaire en 1936 et la promulgation des lois sociales sur les 40h et les congés payés. La mise en œuvre de ces lois se heurte aux difficultés rencontrées par les PME. Le ministre des Finances, Charles Spinasse, met en place une aide financière afin de leur permettre de s’adapter. Parce que les Banques Populaires ont déjà prouvé leur efficacité en termes de gestion et de suivi des risques lors de la diffusion des prêts auprès des démobilisés et des artisans, l’État leur confie la diffusion exclusive des prêts Spinasse. Ces prêts accordés aux PME leur ouvrent le marché des entreprises et étendent leur activité au crédit à moyen terme alors qu’elles étaient cantonnées jusque-là au crédit à court terme, avance sur caisse et escompte.